Enfant, j’allais avec mes grands-parents chaque fin d’été dans le sud du Finistère, Le Pen Ar Bed, littéralement « le bout du monde ». J’en ai gardé l’attrait tout au long de ma vie, qu’ils soient réels ou toponymiques. Dans la région des Alpes où j’habite maintenant, il y en a un notamment près de Samoens que j’affectionne.
Dans ce bout du monde d’enfant, les femmes évoluaient encore fréquemment avec leurs coiffes. Ce n’était pas systématique mais fréquent que les maris soient pêcheurs au long cours et que leurs femmes travaillent à la conserverie. Par gros temps, la sirène retentissait en pleine nuit pour appeler les marins à venir se réunir au bateau de sauvetage. On se levait alors pour assister au départ de ces courageux, voir le bateau descendre une grande rampe et affronter les vagues immenses dès la sortie du port. On écoutait les grandes ondes pour savoir comment la mission périlleuse évoluait. C’était aussi le temps où mon grand-père glissait une pièce de 5 francs une fois par semaine dans une cabine téléphonique pour s’enquérir des nouvelles du travail. Le temps aussi où la marée descendante nous allions sur la plage du port creuser le sable pour y recueillir quelques vers pour la pêche de l’après-midi. Le temps encore, où ma grand-mère farinait les soles qu’elle avait achetées à un marin rentré au port dans l’après-midi pour nourrir l’appétit de ses petits-enfants. Le temps finalement où, nous passions les uns après les autres au lavage au gant trempé dans la bassine d’eau chaude que ma grand-mère venait de faire bouillir.
Ce temps-là n’existe plus. Mais je me rappelle d’un petit village qui était surnommé « le village des pierres debout ». La raison était que ces maisons étaient faites de grandes pierres de granit, telles des menhirs, collés les uns aux autres pour former la bâtisse. Toutes ces maisons étaient coiffées de toits de chaume. Pendant très longtemps, ça a été un rêve pour moi, d’un jour habiter une telle chaumière.
Ce ne s’est finalement jamais fait, d’autres rêves ont trouvé priorité, notamment celui d’habiter à la montagne. J’ai vécu dans plusieurs maisons, toutes charmantes, chalet, maison d’architecte, ancienne ferme, jusqu’à la Bambocherie où j’habite maintenant.
Mais le temps d’un congé, j’habite une chaumière. Et comme un enfant qui réalise son rêve, je suis heureux.
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