Je n’ai connu que peu de cadavre.
Cet après-midi, dans mon vol long courrier, entre son départ et son arrivée, alors que l’essentiel des voyageurs dormaient, une annonce. On recherche un médecin car un passager a fait un malaise.
Je vois de mon siège un attroupement se créer à quelques rangées devant mon fauteuil. Les stewards et hôtesses affairés à sortir les kits médicaux qu’ils possèdent. Qu’ils vont utiliser pour la première fois.
La foule s’est massée, je n’aperçois rien de bien concret. Si ce n’est de sombres idiots qui filment avec leurs téléphones.
Quelques minutes plus tard j’aperçois un steward en nage.
Puis la foule se dissipe petit à petit. Le silence regagne. Les passagers se replongent dans leur film ou leur sommeil.
Quelques instants plus tard, j’aperçois les pieds qui dépassent d’une personne allongée dans la largeur entre deux allées.
Plus tard encore, les stewards s’affairent à emballer dans des sacs plastiques les pieds que j’apercevais. Puis je devine qu’ils emballent d’autres parties.
Je comprends que le malaise s’est révélé fatal.
On termine le voyage avec cet homme mort au dessus de l’océan qui sépare deux continents.
Etonnant, et vertigineux, d imaginer que nous sommes des centaines, milliers ou peut-être des millions à vivre cette étonnante « banalité » que sont la vie et la mort, infiniement mêlées.
Hier alors que je me delassais au sauna, hammam jacuzzi, un homme est mort devant moi. Comme ça. Même urgence autour de lui, même banale voyeurisme… même impuissance. Cet événement a stoppé quelques heures en moi. Je veux dire que mon cerveau s est arrêté de courir mon coeur a ralentit, plus aucune envie si ce n est de prendre un temps d arrêt, je ne sais trop pourquoi. Un besoin interne de bien mesurer notre impermanance… la sienne, la mienne et celle des miens.
Les instants d après, chargés d urgences, à dire à ceux qui comptent, combien et pourquoi je les aimes.
Je te crois sensible, et ce décès en direct a dû te marquer.
J’espère que ton séjour canadien te permettra d’alléger ce mauvais poids dans ta besace.
Ce qui m’a choqué dans ton récit, ce sont ces crétins qui filment. Rien ne les arrête.
Voler les derniers instants de cet homme pour assouvir leur curiosité malsaine et remplir leur petite vie mesquine en diffusant leur prise de mort sur leur Instagram pourri révèle leurs bassesses !