C’est un berbère. De ceux du Riff. Ils se disent les plus valeureux. Ceux du désert le disent aussi. Les plus beaux sont au moyen atlas. Sa djellaba recouvre sa silhouette et enserre son visage dont on ne voit apparaître qu’un visage buriné dont les yeux bleus soulignent la beauté. Il arpente les ruelles de la médina nonchalamment. Saluant Mohamed et Ibrahim qui parlent fort. Les marchands sont déjà à l’œuvre. Coriandre, dattes, étales de viandes, œufs parsèment la rue qui monte à la casbah. Enfant, il venait avec sa mère dans cette rue vendre la maigre récolte du jour et ramener de quoi subsister jusqu’au lendemain. L’avenir était au lendemain. Mais la vie a beaucoup changé. Comme beaucoup des hommes paysans de cette époque, il est venu s’installer dans ce village devenu touristique. Le monde y afflue. Par horde. Lâchés d’un bus en milieu de matinée, la majorité d’entre eux seront repartis à seize heure. Tous seront de retour avec des babioles, magnets, casquettes I love le bled, portes clés ridicules et babouches pour se remémorer cette touche d’exotisme dans leurs vies fades. Loin. Sous la pluie, la grisaille et la violence de ces villes surexcitées. Il en a pris partie et possède trois petits commerces dans cette petite médina. Il n’aime pas ces passants, il ne les haït pas non plus. Il s’étonne de la vacuité de leur existence. Marcher vite, prendre des photos et boire un thé à la menthe avec un berbère qui en échange de quelques sous acceptera le selfie avec la bimbo de passage. Son temps est plus intranquille qu’enfant mais son rythme demeure lent. Pour rien au monde il n’échangerait sa vie avec ces touristes avides. Allah le protège. Ce qu’ils appellent le progrès arrive ici aussi. Mais l’étroitesse des ruelles le ralentit. Ce qui est petit pénètre. Ce qui est grand demeure confiné à l’extérieur des murailles qui entourent la médina. Le téléphone portable fait autant de ravage et peut être davantage ici qu’ailleurs. Il rêve parfois de la vie de son père. Assis avec ses amis autour d’un thé. Quand le temps n’existait pas.
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