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Voici le chapitre 19. Les chapitres précédents sont disponibles sur ce site. Ils le sont par le menu en haut à droite de cet écran dans la section blog. Bonne lecture.

 

Je vais terminer mon chemin. Celui de Compostelle. Il s’achèvera dans deux ou trois jours. Quelques étapes avant la barrière des Pyrénées. Je n’avais rien calculé. Nous n’avions rien réservé. Chaque jour était une découverte. Nous avons véritablement vécu au jour le jour. Menant l’effort qu’il nous était possible de donner.

Tous nous questionnons sur l’intérêt ou l’ambition d’une marche sur le long cours. Je ne sais pas s’il y en a un. Chacun y vient avec un souhait, un espoir, une recherche, une douleur parfois. Ou n’y vient avec rien.

On perd du poids. Physiquement, probablement un peu. Encore que. Mais psychiquement. On allège notre cerveau. On accepte de déposer. On se décharge. A l’image de ce sac à dos que j’ai vidé en postant deux fois des colis. Pour s’extirper de l’inutile. Que l’on avait pourtant cru indispensable. Notre cerveau fait la même chose durant la marche. Il accepte de déposer sur le chemin ses fardeaux. Il pose lui aussi ses colis. S’il l’on pouvait interroger ce chemin, il serait riche et gras de secrets, de souvenirs trop lourds. On vient chercher quelque chose. C’est nous qui lui laissons nos scories. On rentre chez soi fatigué et plus apaisé.

On fait d’innombrables rencontres. Lourdes et légères. Lourdes souvent de confidences. Légères parce qu’éphémères. Nous ne sommes sur ce chemin que des prénoms. Les noms et numéros sont rarement échangés. 

Ce chemin est une allégorie de la vie. On se lève parfois le cœur lourd, la pluie s’abat la journée durant sur nos corps, les vêtements pèsent. Une douleur émane. Puis il suffit d’un rayon. Le lendemain la journée est parfaite. Le surlendemain également. Ces moments l’emportent. 

Je n’étais rien venu chercher ici. Pourtant j’ai compris. C’est l’oubli…