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Dans sa vie “d’avant”, celle qu’elle avait souhaité oublier, celle qui était devenue un chapitre de sa vie, désormais clôt, elle avait voyagé dans des contrées avec ses enfants, sans les apprécier comme elle y parvenait maintenant. Sans doute n’était-elle pas faite pour cette vie conformiste, travail, enfant, mari. Rien n’avait été vraiment désagréable pour tout dire. Simplement, rétrospectivement elle n’y comprenait pas sa place. Tout y avait été trop petit. Son plaisir était dans le voyage. Libre. Sans contrainte. Sans personne. Cette dernière donnée était sans doute transitoire, mais elle tenait à ce que cette nouvelle identité soit bien fixée en elle. Ne plus être l’otage d’un autre. Ne plus avoir de compte à rendre à personne autre que soi. Elle s’adonnait à la paresse sans aucun remord, dormait quand elle le voulait et aussi longtemps qu’elle le souhaitait, sautait des repas, voyageait, rencontrait qui et quand elle le voulait, pouvait céder à des avances, refusait net quand elle le désirait, travaillait un peu et s’en faisait une passion, elle était libre. Il était impossible de faire machine arrière et tout dans la vie de ce qui lui était proposé risquait de la faire ressombrer dans ce dictat. Aussi, dès qu’elle sentait un ancrage, dès qu’elle était possédée par les lieux, par les personnes qu’elle rencontrait, elle s’éclipsait pour une nouvelle destination. Pour redémarrer. Vierge. Elle sentait bien ce cycle se refermer sur elle, et celui ci allait en se raccourcissant de plus en plus. Elle était consciente qu’une sortie deviendrait nécessaire. Ce serait une destination plus lointaine ou une rencontre inattendue. Et c’est en cela que ce lieu qu’elle découvrait la remuait et l’intriguait. Elle sentait que quelque chose se passait.