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Ci-après, le chapitre 6.

 

Les amis s’étaient succédés les uns aux autres toute la semaine. J’étais fatigué. Et la solitude recherchée initialement se faisait rare. Les ratages amoureux m’avaient plongé dans un grand marasme et j’avais toutes les peines à m’en remettre. Je savais l’inutilité d’y repenser, je savais à quel point c’était stérile, sans possible issue positive, je savais qu’il fallait avancer, mais je ne parvenais pas à les chasser de mon esprit. Je me torturais. J’étais bien décidé à ne plus entamer de relation amoureuse. C’était bien trop douloureux. Dans ce domaine comme dans d’autres, je ne savais rien faire à moitié. Pas même capable de légèreté. Mais autant la ténacité m’avait beaucoup aidé dans de nombreux domaines et notamment professionnel, autant dans ce domaine amoureux je voyais bien que j’y concentrais l’essentiel de mes faiblesses. J’abordais les choses le plus positivement possible, et c’était en effet la première fois de ma vie où je me sentais véritablement libre. Libre de tout. Et c’était là un peu le problème. Cette immense liberté au regard de ce que j’en faisais effectivement. Je me sentais étriqué. Habituellement, on trouve des prétextes à nos absences de réalisation. Je n’avais rien d’autre que moi que je puisse accuser. J’avais imaginé quelques semaines avant de me rendre en Bauges de parcourir le monde avec ma femme, elle l’avait refusé. J’avais alors pensé parcourir la planète et m’établir dans 4 spots différents où je puisse faire du Kite Surf. J’avais joué de malchance. Alors ce séjour en Bauges m’était apparu évident. J’avais pensé pouvoir ré-établir un lien avec ces amours et je n’avais pris que des claques et souvent même des uppercuts. J’espérais que quelque chose de divin m’apparaisse, que la révélation soit là, que je réalise que j’avais marché à côté de ma vie jusqu’ici, qu’une évidence me tombe sur le coin du nez. L’évidence, je la voyais, mais elle ne voulait pas de moi. Alors le fond de ma pensée était morne.  

Mais, ce matin, je me lève avec de l’élan. Bien décidé à ne pas céder aux sirènes du désespoir. Et ce lieu, ce lieu, quand il y fait beau, cet endroit est magnifique. Depuis mon arrivée, les fleurs succèdent aux fleurs. Les prairies en sont envahies. Et chaque semaine, les champs revêtent des couleurs différentes. On pourrait presque les imaginer planter par l’homme tant elles sont nombreuses et généreuses. C’est bien l’inverse dont il s’agit. L’homme n’y intervient que peu. Si ce n’est pour à un moment de l’été, les couper ou les offrir en pâturage à des vaches qui s’en régalent et nous donnent en retour des fromages aux gouts savoureux. 

 

Je sors dans le jardin, le soleil et l’atmosphère sont parfaits. Mon voisin Christian y est installé, comme il y est tous les jours. Entre cigarettes roulées et quelques verres, son rythme de journée est déjà bien entamé. Mais les jours faisants, si nous sommes différents, nous sentons de plus en plus que des choses nous lient. Mon chien en tout premier lieu. Car il faut l’avouer, sans Rebelle, probablement nos contacts auraient été plus compliqués. J’apprécie Noëlle, sa compagne. Je l’apprécie de plus en plus. Nous avons un contact facile. Elle me demande des nouvelles de mes enfants. Moi de son chat. De sa vie d’avant. De son enfance. Nous nous apprécions. Ce matin là, elle me déclare qu’ils sont des gens simples, et que moi aussi je suis simple, et qu’elle l’apprécie. Et je sais que c’est une chose importante qu’elle me dit là.

 

Nous parlons Noëlle et moi de cette visite de la veille. Pour tout dire, malgré mes éloges et mon engouement, elle ne semble pas inspirée. Alors, elle me parle d’un petit hôtel, épicerie restaurant en vente. Dans un village voisin. 

 

Je la quitte en cette heure encore matinale et suis bien décidé à aller y jeter un oeil.

 

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